Vous serez présent pour la première fois au Festival de Pérouges et venez régulièrement à Lyon lors de vos tournées. Quel lien avez vous avec la région lyonnaise ?

Un lien affectif qui date de mes débuts dans la musique ! Je travaillais avec un  groupe de rock lyonnais et venais régulièrement répéter avec eux. J’aimais beaucoup me promener le long de la Saône et pousser les portes des petites librairies sur les quais.

Aujourd’hui, je reviens essentiellement pour travailler. Quand au Festival de Pérouges ce sera une découverte. Je suis curieux de vivre cette première fois !

Revenons à vos chansons. Vous partagez beaucoup vos émotions, vos sentiments… C’est votre vie personnelle qui vous inspire avant tout ?

Oui beaucoup bien-sûr. La vie est mon thème de prédilection mais il y en a bien d’autres : la poésie, la littérature, mes rencontres, mon pays, la politique aussi parfois…

Ces sont mes parents qui m’ont transmis ce goût pour la musique et la poésie. Le milieu ouvrier dans lequel j’ai grandi m’a aussi beaucoup construit et inspiré. J’y suis très attaché. Le monde de l’hôpital et de l’éducation que je côtoie dans le cadre de l’association « Mon cartable connecté »* me permet aussi de garder les pieds sur terre et un contact avec des gens merveilleux.

Il y a aussi beaucoup de mélancolie dans vos textes. Une certaine tristesse semble vous accompagner…

Je n’aime pas la tristesse. C’est comme la fatalité, la peine. Même si ces sentiments contribuent à notre construction, il ne faut pas céder au désespoir. La mélancolie, elle, peut-être positive. Même si nous traversons tous des épreuves, il ne faut oublier que la vie est belle. Dans mes rencontres quotidiennes, notamment à l’hôpital auprès des équipes soignantes, des parents d’enfants malades, des enseignants, je suis touché par la bonne volonté des hommes, leur capacité à combattre et à garder espoir.

Et finalement cette mélancolie nous parle à tous…

Oui c’est peut-être pour cela que mon public est très varié, de tout âge. Personne n’est épargné.

Vous avez une relation forte avec votre public ?

Elle est assez particulière, à la fois forte et discrète. Dans la vie quotidienne, mes rencontres se font dans une grande simplicité. Je crois qu’il y a un respect mutuel. Est-ce dû à mon éducation et mon enfance dans la banlieue ? J’aime les gens et je pense être un homme honnête qui ne triche pas. Je suis aussi surpris de voir que mon public rajeunit ! Ceux qui me suivent depuis « Elle a les yeux revolver » sont toujours là, mais il y a aussi des plus jeunes qui viennent à mes concerts. J’en suis ravi !

Comment nait une chanson ?

En fait j’écris tous les jours. Je cherche des phrases et parfois elles m’amènent sur des chemins que je n’avais pas imaginés. Je puise beaucoup dans le passé, notamment dans les années 80, époque à laquelle je suis très attaché, mais aussi dans le cinéma, dans ma vie quotidienne. Le travail de mes compositeurs éveille aussi mon désir.

J’ai toujours écrit, sans cesse. A 14 ans, mon professeur de français a lu mes textes et m’a encouragé à continuer. C’est un homme qui a énormément compté pour moi à un âge où je n’avais pas confiance en moi et me posais beaucoup de questions. Depuis, je me nourris de littérature, de poésie. J’écris des chansons mais aussi des romans. Après « L’Homme qui ment » inspiré par mon enfance et qui évoque la personnalité de mon père, mon prochain livre baptisé « Quand arrivent les chevaux » sera consacré à ma mère. 

Une mère qui souffrait d’une grande mélancolie ?

Oui, d’une mélancolie profonde. Ma mère a toujours attendu quelqu’un qui n’est jamais venu. Sa relation avec mon père était très compliquée. Elle mourait à petit feu d’un chagrin d’amour. C’était une femme d’une gentillesse extrême et sa douleur m’a toujours accompagné et construit. Ce livre est un hommage qui lui est dédié.

Vous avez 4 enfants, que pensez-vous leur transmettre ?

Mon appartement -si on peut parler d’appartement- est un véritable atelier d’artiste où s’accumulent romans, livres d’art, guitares, dessins et appareils photos. Ils évoluent dans mon univers artistique, cela n’est sans doute pas sans conséquence !

Mon fils ainé, Simon, est rentré des USA après le décès de sa maman Denise Pascale et réussit avec talent dans la musique. Ma fille Yasmine, elle, évolue dans le monde du théâtre et du cinéma. Quant à Roman et Milo, ils sont âgés respectivement de 12 et 9 ans, c’est encore un peu tôt pour savoir si eux aussi choisiront des carrières artistiques !

Vous vivez à Paris, une ville que vous évoquez souvent dans vos chansons.

J’adore Paris, notamment la présence de la Seine qui la traverse mais c’est surtout la banlieue qui m’a ouvert à la vie. Je reste très touché et inspiré par cette vie de quartier, celle des jeunes qui se retrouvent pour jouer au foot, bref, de mon enfance ! Paris est devenue une ville difficile, « bourgeoise », où la création n’a plus trop sa place. Lors de mes tournées je me rends compte qu’il y a un brassage culturel et artistique bien plus important dans les villes de province.

Quelles sont les personnes qui vous ont inspiré ?

Gainsbourg, Jane Birkin, Léo Ferré ou encore Véronique Sanson… C’est une femme que j’adore ! Lorsque j’ai arrêté mes études à 16 ans, je travaillais à l’Olympia comme ouvreur et assistais discrètement aux spectacles. C’est une des artistes que j’admirais. J’étais loin d’imaginer chanter un jour avec elle en duo ! L’Olympia m’a ouvert les bras. J’ai vécu 3 ans de rêve dans ces coulisses.

Chanteur, comédien, écrivain… Vous êtes un homme comblé ?

Oui, j’ai eu la chance de vivre des moments privilégiés et de côtoyer des réalisateurs comme Marc Esposito avec lequel j’ai tourné « Le Cœur des Hommes », Claude Chabrol ou encore Frédéric Schoendoerffer. Le fait de travailler dans différents domaines m’offre des espaces d’expression formidables. Je réalise même des dessins animés et j’adore ça ! Le dernier, qui sera le clip de ma chanson « Ma Papou », sortira au printemps.

« Ma Papou » , une chanson amoureuse et ludique qui est d’ailleurs dans un registre plus positif ?

Oui et mon prochain album aussi. C’est sans doute le reflet de mon état d’esprit du moment ! Je me suis entouré de jeunes compositeurs, dont Darko à qui l’on doit « Paris Seychelles » de Julien Doré. Un registre plus rock.

Pour conclure, quelle est la chanson que vous préférez dans votre répertoire ?

J’aime beaucoup « Chère amie ». J’ai écrit ce texte en réponse à la chanson de Françoise Hardy « Partir quand même » comme une correspondance. Françoise Hardy n’a pas compris tout de suite mais m’a envoyé un mot pour me dire qu’elle aimait beaucoup ma chanson. Je l’ai précieusement conservé chez moi, derrière une photo de Serge Gainsbourg. Sinon, j’ai une affection particulière pour « Qu’est-ce que t’es belle » écrite dans les années 80 et chanté en duo avec Catherine Ringer que j’admire beaucoup. La reprise par Clara Luciani intitulée « Qu’est-ce que t’es beau » est d’ailleurs très réussie.

*Marc Lavoine est un des fondateurs de l’association Mon cartable connecté, innovation permettant aux enfants hospitalisés de suivre les cours depuis leur lit d’hôpital. Grâce au cartable connecté le lien est conservé avec la classe, les camarades et les enseignants.
C’est un élément décisif pour éviter la rupture de la sociabilité de l’enfant et un pas vers la guérison.

www.moncartableconnecte.fr

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